Vos textes de l’été à lire ou à apprendre : Ronsard, Mme de Lafayette, Verlaine.

Trois textes à lire ou à apprendre .  A faire apprendre plus tard à vos élèves. Faites travailler votre mémoire et celle des très jeunes. 

 

 le thème du jour : la femme dont l’homme  a rêvé .

 

Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,

Assise auprès du feu, dévidant et filant

Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant,

« Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle  »

 

Lors vous n’aurez servante oyant telle nouvelle

Déjà sous le labeur à demi sommeillant,

Qui au bruit de mon nom ne s’aille réveillant,

Bénissant votre nom de louange immortelle.

 

Je serai sous la terre : et fantôme sans os

Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;

Vous serez au foyer une vieille accroupie

 

Regrettant mon amour et votre fier dédain.

Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain ;

Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

 Ronsard, sonnets pour Hélène 1578,

 

La rencontre au bal.

 » Mme de Clèves acheva de danser, et, pendant qu’elle cherchait des yeux quelqu’un qu’elle avait dessein de prendre, le roi lui cria de prendre celui qui arrivait. Elle se tourna et vit un homme qu’elle crut d’abord ne pouvoir être que M. de Nemours, qui passait par- dessus quelques sièges pour arriver où l’on dansait; ce prince était fait d’une sorte qu’il était difficile de ne pas être surpris de le voir quand on ne l’avait jamais vu, surtout ce soir-là, où le soin qu’il avait pris de se parer augmentait encore l’air brillant qui était dans sa personne ; mais il était aussi difficile de voir Mme de Clèves pour la première fois sans avoir un grand étonnement.

M. de Nemours fut tellement surpris de sa beauté que, lorsqu’il fut proche d’elle et qu’elle lui fit la révérence, il ne put s’empêcher de donner des marques de son admiration. Quand ils commencèrent à danser, il s’éleva dans la salle un murmure de louanges. Le roi et les reines se souvinrent qu’ils ne s’étaient jamais vus et trouvèrent quelque chose de singulier des les voir danser ensemble sans se connaître. Ils les appelèrent quand ils eurent fini, sans leur donner le loisir de parler à personne, et leur demandèrent s’ils n’avaient pas bien envie de savoir qui ils étaient et s’ils ne s’en doutaient point. « 

Madame de la Fayette : La princesse de Clèves 1678

le film avec J.F.Poron et Marina Vlady .

 

Mon rêve familier

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D’une femme inconnue, et que j’aime et qui m’aime,

Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

 

Car elle me comprend, et mon coeur, transparent

Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème

Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

 

Est-elle brune, blonde ou rousse ? – je l’ignore.

Son nom? je me souviens qu’il est doux et sonore

Comme ceux des aimés que la Vie exila.

 

Son regard est pareil au regard des statues,

Et pour sa voix, lointaine,  et calme, et grave, elle a

L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

 

Verlaine, Poèmes saturniens 1866

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